Lucas de Suisse

Je m’appelle Lucas, j’ai 35 ans et je vis à Fribourg. Je suis marié et j’ai un enfant.

J’ai grandi près de Bienne, avec deux frères et une soeur. Nous avons emménagé dans la petite maison de mon grand-père, après sa mort. Un de mes frères était handicapé. Mes parents se sont beaucoup occupés de lui parce qu’il avait besoin de nombreux soins. Parfois, ils nous ont un peu oubliés, nous les autres enfants. C’était difficile, mais c’était aussi une bonne chose : mon second frère et moi passions des heures dans la forêt, nous construisions des grottes, cherchions de traces d’animaux ou grimpions aux arbres. Nous rentrions le soir, très sales, et ma mère nous grondait. Ma soeur était parfois jalouse car nous ne l’emmenions jamais avec nous.

Mon père travaillait dans un bureau. Ma mère était femme au foyer. Auparavant, elle avait travaillé comme jardinière, mais cela n’était plus possible avec mon frère handicapé. Nous avions un jardin sauvage avec beaucoup de fleurs, d’arbres et d’arbustes. Nous, les enfants, devions souvent aider au désherbage, à la tonte du gazon ou à l’arrosage des plantes. On n’aimait pas le faire. Ma mère nous donnait parfois une pièce de deux francs pour nous récompenser. Mon père était alors un peu en colère. Il disait : « Nous sommes une famille, on doit s’entraider et personne ne doit être payé pour cela ! » Mes parents avaient souvent des discussions au sujet de notre éducation. Mon père était très sévère, avec de nombreux principes, alors que ma mère était plus souple.

Je crois que mes parents s’aimaient beaucoup. Quand j’étais allongé dans mon lit, j’entendais par la fenêtre ouverte leur discussion dans le jardin. Ils se racontaient leur journée ou riaient à propos d’une anecdote. À les écouter, j’étais heureux et m’endormais immédiatement.

Je suis entré à l’école à l’âge de sept ans. Ça ne m’a pas plu : rester assis, l’écriture, la maîtresse sévère … Je voulais arrêter au bout d’une semaine et je pleurais tous les jours. Ma mère était désespérée. Elle a beaucoup parlé avec moi, mais ça n’a servi à rien. Je suis donc allé consulter une psychologue scolaire et j’ai passé beaucoup de tests. Elle a aussi parlé longuement avec moi. Nous avons ensuite convenu avec la maîtresse que je pouvais courir autour du bâtiment de l’école quand je ne pouvais plus rester assis. L’école a toujours été une épreuve et mes notes étaient mauvaises. J’ai été tout de même content de trouver une place d’apprenti-jardinier. Mon maître d’apprentissage me comprenait et j’ai réussi de justesse mon examen !

Quand j’ai eu 14 ans, mon frère handicapé est mort. Nous savions qu’il ne vivrait pas longtemps. Mais je n’avais jamais pensé que cela ferait un si grand vide ! Tout me manquait – même son fauteuil roulant et ses outils pour l’aider à manger et boire. Nos repas de famille sont devenus très calmes. Mon père ne parlait presque plus. Personne n’a montré sa douleur. Ma mère a recommencé à travailler plus tard dans une maison de retraite.

Après avoir achevé mon apprentissage, j’ai fait mon service militaire et je suis ensuite allé pendant un an au Canada. J’y ai travaillé dans une ferme. De retour en Suisse, j’ai fait une crise : tout était trop petit et trop serré. Je n’avais pas de travail et j’ai commencé à prendre de la drogue. Ce n’était pas une bonne solution. C’est seulement quand j’ai rencontré ma femme que j’ai eu la force d’arrêter et que j’ai pu retravailler de manière régulière. Je suis devenu père il y a un an. C’est un sentiment incroyable !

Je souhaite que ma petite fille soit forte et trouve son chemin.


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